Inge Bos

La figuration humaine comme symbole mnésique

Inge Bos peint et dessine tant sur de grands panneaux de bois que sur du papier. Elle travaille des séries à partir de ses propres textes et photos ou se contente de l’acte de peindre en soi. Son travail prend appui sur une structure, recherchée ou non : sur ce qui est déjà présent, par exemple, les nervures du bois. Dans les dessins sur papier, elle pose une première base de formes indéterminées, comme des tâches et des coulures d’encre.

La figuration humaine est au cœur du travail d’Inge Bos. Dans les dessins qu’elle expose à [Don’t] Mind the Body, elle montre des jeunes filles comme un archétype. Elles sont souvent des variations d’un autoportrait. Elles évoquent un paradis perdu. La perte de l’enfance. Des visions qui se réfèrent aux figures mythiques de l’inconscient collectif, comme les déesses du destin, les Moires et les Parques, ou les arcanes du tarot. L’image intérieure comme un cliché instantané, l’éruption d’un courant souterrain. Une figure qui peut changer à tout moment.

Les dessins sur papier laissent apparaître les tâches d’encre sous-jacentes, du genre de Rorschach. Sur les panneaux, Inge Bos travaille avec de l’huile et des pigments transparents. Les figures dessinées restent discernables sous les couches. Contrairement au papier, sur lequel tout reste visible, un panneau absorbe parfois complètement une partie de la peinture. Ceci engendre un éloignement de l’image originelle, qui fait que le premier jet de l’artiste disparaît, littéralement comme au figuré. Seul le texte qui accompagne ses dessins renvoie encore à une vague intention du moment. Parfois, le spectateur est conduit sur une voie de traverse, ce qui ouvre la porte à une nouvelle signification. Le langage et le silence de l’image se dévoilent et se dérobent réciproquement.

L’œuvre d’Inge Bos thématise la fugacité de l’être et du non-être. Un mouvement permanent entre le re-connaître et le non-connaître. Le « construire » et le « détruire ». Le subconscient, tel un processus inhibé, qui, soudain, jaillit à l’extérieur et donne vie à la figuration. A l’intérieur d’une image, elle cherche les différentes strates de l’apparition des formes. Grâce aux superpositions, l’espace figuratif et le sens interagissent l’un sur l’autre. Les dessins et les panneaux forment alors une sorte de « Gestalt ». « Le corps est comme une image rémanente et ralentie de ce qui se passe spirituellement. » La forme en évolution. Elle n’est jamais ce qu’on voit en première instance, chaque fois, se présente un élément qui change la perception. Le signifié et le signifiant ne sont jamais totalement fixés.

© Eva Steynen, Anvers, octobre 2010, traduction Françoise Hivelin

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